CULTURE
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Lectures, films, arts...
101 Le mardi 3 octobre 2006 à 12:16, par Jean-Jacques Ninon
A propos de ton pseudonyme (Bogeste) dont nous avons déjà discuté, provenant de l’un de nos films favoris,
je te signale qu’hier soir, repassait de nouveau sur TMC, « L’Homme qui voulait être roi », autre film fascinant,
adapté du chef d’?uvre de Rudyard Kipling, avec Sean Connery et Michael Caine, prodigieux. Toute une philosophie
de l’existence et du choix de celle-ci au prix du sens de l'honneur et de la parole donnée. Je n’ai pu
m’empêcher de le revoir, sans doute pour la 15e fois.
102 Le mardi 3 octobre 2006 à 14:24, par incartade
Bonjour à vous tous. Je vous lis souvent, toujours avec plaisir. C'est la première fois que je me joins à vous.
Merci à JJN , maître des lieux. La harangue de Baudot..."l'homme qui voulait être roi"... l'humain modeste et
fou, insignifiant et grandiose, qui tente d'adoucir les dieux, ou de les braver, parfois pour les détrôner. Puique
vous êtes adeptes des devinettes, qui trouvera l'auteur (de théatre) de ce texte? (une autre façon d'être partial)
"On trahit la terre comme on trahit une place assiégée, par des signaux. Le philosophe les fait de sa terrasse.
Si les dieux, depuis dix ans, n'arrivent point à se méler de notre vie, c'est que j'ai veillé à ce que les promontoires
soient vides et les champs de foire combles, c'est que j'ai ordonné le mariage des rêveurs, des peintres
et des chimistes; c'est que pour éviter de créer entre nos citoyens ces différences de race morale qui ne
peuvent manquer de colorer différemment les hommes aux yeux des dieux, j'ai toujours feint d'attribuer une
importance énorme aux délits et dérisoires aux crimes. Rien n'entretient mieux la fixité divine que la même
atmosphère égale autour des assassinats et des vols de pain. Je dois reconnaitre que sur ce point la justice
des tribunaux m'a abondément secondé. Et toutes les fois où j'ai été obligé de sévir, de là-haut on ne l'a point
vu. Aucune de mes sanctions n'a été assez voyante pour permettre aux dieux l'ajustement de leur vengeance.
Je ne monte pas mes supplices en évidence. Alors que nos pauvres villes voisines se trahissent elles-mêmes
en érigeant leur gibet au faîte des collines, moi je crucifie au fond des vallées."
Electre de Jean GIRAUDOUX
107 Le mercredi 4 octobre 2006 à 16:28, par Jean-Jacques Ninon
Cher Citoyen de Baz, Il ne faut pas être si modeste à notre époque où avoir une culture, surtout littéraire, permet
une inscription d’office au très fermé et très sélect « Cercle du(des) dernier(s) des Mohicans ». Citer,
comme Incartade, Jean Giraudoux – à la place de Johnny – reconnaître, comme toi, « Electre » ou évoquer,
comme Bôgeste, les adieux de Gabriel Garcia Marquez au lieu de ceux de Zidane, cela relève aujourd’hui de
l’exploit (pas de foot).
Par ailleurs, un talent – à condition d’en posséder – étant un don naturel, il n’y a pas lieu de s’en glorifier. Seul
le travail – car un talent sans travail n’existe pas – est méritoire. Et donc nous retombons dans la République
de la méritocratie dont, hélas, les idéaux ont été abandonnés. Mais le débat est trop long à entamer et chacun
sait les désastres engendrés par la facilité et l’assistanat.
Toujours à propos de devinettes, je vous propose un texte, dont la réponse est presque trop simple pour des
esprits aussi éclairés que les vôtres. J’ai d’ailleurs dû enlever le nom de son auteur qui se citait lui-même.
Alors, pour corser un peu, il faudra en donner le contexte et l’année. Mon cher ami,
Me faire à moi des reproches de versatilité, d’infidélité ! mon Dieu comme c’est cocasse ! moi qui suis tout
granit, n’ai jamais semé rien ni personne, de ma vie. Je le sais pardi que vous avez été admirable d’amitié,
de gracieuseté ! Et je me le tiens pour foutrement dit ! Fiote qui se dédit ! Mais je vous ai demandé en son
temps SI VOUS VOULIEZ BIEN de Tixier à titre de SECOND. Vous m’avez écrit OUI – C’est tout. Vous n’avez
pas voulu de Fourcade. Je l’ai gentiment évincé. c’est tout. Depuis, 10, 20 avocats sont venus renifler mon
dossier… et combien PRESSANTS… prometteurs, jureurs de m’arranger tout en cinq secs ! je me suis bien
entendu toujours dérobé, sans mal d’ailleurs – La fidélité m’est naturelle comme la vertu à certaines femmes,
mais sans brutalité non plus bien sûr. Une dame bien née sait se refuser gentiment sans hurler pour cela
qu’on lui veut mille outrages ! J’ai assez d’ennemis gd Ciel sans m’en créer de nouveaux en vexant tout ce
qui m’approche. Je me suis excusé, j’ai invoqué tous les prétextes… Politesses… Demeure Tixier… je vous
le dis… vous en avez bien voulu au titre de second défenseur.
Vous n’en voulez plus ? Vous êtes maître de cette décision – Prenez la s’il vous semble bon – Je suis militaire.
Vous commandez la man?uvre…mais je ne veux pas être ingrat malgré tout…il me chagrinerait que
vous preniez une décision qui le blesserait sûrement… comme on le connaît… Il a le c?ur bien placé malgré
ses petits travers, il me semble…
Je ne parle pas ici adroitement mais honnêtement, au sens du 18e siècle – D’où je suis, séparé de tout, manquant
de tout, coupé du monde… il m’est difficile d’apprécier ceci ou cela, mais tout de même vous me ferez
plaisir en ne brusquant pas Tixier – Vous pouvez bien sûr lui faire bien comprendre de ma part que vous êtes,
serez, demeurez toujours mon premier avocat. Je le lui écrirai si vous le désirez – Mais en ce moment où je
vais passer à la casserole est-ce bien ingénieux de lui faire pousser des cris ! Je les entends ! (…) est un
beau cochon ! la faridondaine !
110 Le mercredi 4 octobre 2006 à 17:54, par bôgeste
Je crois avoir trouvé! c'est une des lettres écrites par Louis Ferdinand Celine à Son avocat Albert Naud alors
qu'il est exilé au Danemark dans laquelle il lui annonce qu'il aura Me Tixier Vignancourt comme second avocat!
en réalité Tixier a joué le premier rôle!
111 Le jeudi 5 octobre 2006 à 17:55, par bôgeste
Merci pour ces informations complètes, j'avais souvenir d'avoir lu dans un recueil de correspondances très
interessant de Céline à Albert Naud, à quel point les liens entre eux deux étaient particuliers.
Bebert fait partie des chats les plus célèbres de France !
Mais qui peut nous dire à qui était Sizi ( pour vous mettre sur la piste il a vécu au Gabon avec son maître ?
Savez vous que Scarlatti a composé avec l'aide de sa chatte Pucinella la fugue en sol mineur;
Le général de Galle avait quant à lui Gris-Gris, et Clinton Socks; quant au chat de Churchill il s'appelait
Nelson;
D’autres amoureux des chats on peut noter les chefs d’Etat français Poincaré et Clémenceau.
Lustrée et Fourrure, la première chatte noire aux yeux verts, la seconde chatte tigrée au regard d’or pâle ont
tenu toutes deux compagnie à André Malraux.
Chat - auteur:
Les chats ont passionné les plus grands auteurs. Mallarmé, Hemingway avait trente chats, Confucius, Charles
Dickens, Jean Cocteau, Victor Hugo, Edgar Poe, Emile Zola. Georges Sand prenait son petit déjeuner dans
la même assiette que Minou.
De nombreux écrivains ont rendu hommage à leurs félins. Entre autres Théophile Gautier, Alexandre Dumas
qui fonda une Ligue pour la défense des félins avec Guy de Maupassant, Anatole France et Charles
Baudelaire.
Charles Baudelaire (1821-1867) poète français, il est proche des romantiques, il annonce le symbolisme par
la puissance suggestive de ses vers. Bien connu pour ses poèmes parlant ou évoquant des chats. Avait-il un
chat pour compagnon qui l’aurait inspiré ? Nous n’avons pas de réponse à cette question.
Taine Hippolyte (1828-1893) critique, philosophe et historien français. Pour Taine, l’homme est une « animal
d’espèce supérieure ».
Colette (Sidonie Gabrielle Colette) (1873-1954) écrivain français. Elle fut également actrice de music-hall,
journaliste, mémorialiste (auteur de mémoires historiques ou littéraires). Elle fut l’une des grandes amies des
chats dans le monde des Lettres. Sa mère lui avait donné le surnom de « Minet-Chéri ». Colette a souvent
été prise en photo avec des chats, dans la rue, dans son jardin, à sa table de travail. Dans Dialogues des
Bêtes, elle rapporte des conversations entre deux de ses animaux un Angora gris Kiki-la-doucette et un
Bulldog appelé Toby-chien. Colette eut un chat sauvage, un chaton de 20 mois venu du Tchad, appelé Bâ-
Tou. Il se comportait comme n’importe quel chat domestique. Colette est restée sans chat car Chatte Dernière
l’avait quittée. On retrouve Saha, la chatte de Colette dans son roman La Chatte. Colette était une passionnée
des Chartreux voir son livre La Chatte avec Saha. Colette a toujours été entourée de chats de Saint-
Sauveur-en-Puisaye à Paris (Palais Royal). Ils l’ont inspirée et elle a parlé d’eux dans Claudine à l‘école,
Dialogues de bêtes. Elle a même incarné La Chatte amoureuse en 1912 au Ba-Ta-Clan. Elle a dit : « A fréquenter
le chat, on ne risque que de s’enrichir. Serait-ce par calcul que depuis un demi-siècle je recherche sa
compagnie ? »
Montaigne écrivait autour de son chat.
Théophile Gautier eut pour compagnon Madame Théophile, Sérapita, Eponine. Il a écrit dans Ménagerie
intime : « On dirait que les chats devinent l’idée qui descend du cerveau au bec de la plume et que, allongeant
la patte, ils voudraient la saisir au passage ».
Stéphane Mallarmé avait pour compagnon félin, une chatte noire Lilith. Il a dit : « Je pense que le chat est
nécessaire à un intérieur. Il le complète. C’est lui qui polit les meubles, en arrondit les angles, lui qui donne à
l’appartement du mystérieux. Il est bien le dernier bibelot, le couronnement suprême».
Pierre Loti aimait lui aussi les chats, il leur avait fait faire des cartes de visite gravées à leur nom.
Chat - peintre
Théophile Alexandre Steinlen (1859-1923) chat couché 1898, chat couché 1912. Peintre, dessinateur, lithographe
et affichiste français d’origine suisse. Collaborateur de nombreux journaux, dont l’Assiette au beurre
il peignit avec réalisme la vie des pauvres et des opprimés. Il a illustré A. Bruant. Dessinateur et peintre né à
Lausanne mort à Paris (1859-1923) naturalisé Français en 1901. Des dessins, lithographies et affiches de
Théophile Alexandre Steinlen, un artiste suisse qui vivait à Paris vers 1890. Emportant son carnet de croquis
à Montmartre, il immortalisa dans ses esquisses les chats de gouttière qui patrouillaient sur les toits et déva-
lisaient les poubelles. Il peignait aussi des animaux domestiques appartenant à ses collègues ou à des couturières,
dans des décors plus conventionnels. Sa réputation d’amoureux des chats se consolida et sa maison
abritant de nombreux félins reçut le sobriquet de « Coin des chats ». L’affichiste célèbre pour ses illustrations
incluait souvent des félidés dans ses publicités. Théophile Alexandre Steinlen fut un illustrateur surtout
connu pour ses tableaux de chats saisis dans toutes sortes de situations. L’affiche pour l’exposition de l’artiste
à la galerie Bodinière à Paris en 1894 présentait deux chats dans la même attitude. Il fut affichiste entre
autre d’une tournée du cabaret du Chat-Noir, il a réalisé un album de dessins sans paroles Des chats en 1898.
Henri Matisse (1869-1954), le peintre aimait la compagnie des chats, lorsque malade il du garder le lit son
chat noir préféré lui tint compagnie.
Tsuguharu Foujita (1886-1967) l’artiste japonais vécut une grande partie de sa vie à Paris, entouré de chats
qu’il immortalisa dans des aquarelles à la plume et à l’encre noire. Peintre français né au Japon, il sortit
diplômé des Beaux-Arts de Tokyo puis il alla s’installer à Paris ou il acquit la citoyenneté française. Associé à
l’Ecole de Paris, il développa un style très particulier. Il partagea son temps entre Paris, le Japon et les Etats-
Unis.
115 Le lundi 9 octobre 2006 à 13:22, par bôgeste
Après une petite escapade à Paris cette fin de semaine, je ne saurais que trop vous recommander l'exposition
sur Pierre Loti au musée de la vie romantique jusqu'au 03/12/2006 ;
Cet hommage à l’écrivain Pierre Loti (1850-1923) est une invitation au voyage, à travers la Turquie, l’Algérie,
le Maroc, l’Egypte, le désert du Sinaï, les brumes de Rochefort où une sélection d’oeuvres choisies - tableaux,
aquarelles et objets d’art du XIXe s., accompagnée d’un choix peu connu de ses propres dessins - récits ou
journaux intimes donneront corps aux chimères de l’auteur d’Aziyadé (1879) et de son chef-d’oeuvre Fantôme
d’Orient (1892).
Avez vous déjà par ailleurs visité la maison de Pierre Loti?
Allez , un autre petit jeu pas bien difficile pour un lundi matin, où se trouve cette maison?
116 Le lundi 9 octobre 2006 à 14:20, par Jean-Jacques Ninon
Pierre loti est décédé, le 10 juin 1923, à Hendaye où il est enterré dans la maison dite des aïeuls, qu’il avait
acquise en 1898. Je ne l'ai pas visitée, ne m'étant jamais rendu dans cette ville.
S’agissant de Sizi, je supposais que ce devait être le chat d’Albert Schweitzer, mais c’eût été répondre par
supposition et non réelle connaissance, puisque le prix Nobel de la paix (1952) est le seul personnage célèbre
ayant séjourné au Gabon.
Je n’ose d’ailleurs imaginer ce que les poils de Sizi devaient recéler, dans la forêt équatoriale, comme vermines,
insectes et microbes . Pour avoir, je l’ai déjà dit, résidé au Gabon, lutter contre ces parasites est pour
l’homme une lutte de tous les instants (alors, un animal à fourrure …). Sans compter les vipères cornues –
parmi les plus venimeuses du genre –, les mygales et les mille pattes, également venimeux (chaque matin, il
fallait secouer ses chaussures pour en vider les hôtes indésirables), outre les amibes . Et j’en passe. Par
exemple, les mouches du manguier qui pondent leurs ?ufs sur les vêtements qui sèchent au soleil. C’est ainsi
que j’ai vu un enfant qui, après avoir revêtu un short en nylon, non repassé, ayant une ceinture en élastique
froncée, s’est retrouvé avec une ceinture, celle-là de larves de mouches, sous la peau.
117 Le lundi 9 octobre 2006 à 15:11, par bôgeste
Bravo, effectivement il a vécu à Hendaye mais sa maison natale , à visiter d'ailleurs est à Rochefort (Vendée).
L’officier de Marine Julien Viaud , en littérature Pierre Loti, passa une grande partie de sa vie à transformer
sa maison natale en un lieu théâtral où il se mettait en scène lors de fêtes mémorables, invitant toutes les
célébrités de l’époque que son immense renom l’amenait à fréquenter. Pour ses décors, il s’inspirait à la fois
du passé : salle gothique et salle Renaissance et des pays lointains d’Orient et d’Extrême Orient, qu’il connut
lors de ses lointaines missions : mosquée, salon turc, chambre arabe et salle chinoise, en grande partie disparue
aujourd'hui.
La description faite par JJN des parasites gabonnais incite moyennement au voyage,même si les aventures
de Pierre Loti peuvent par ailleurs donner le goût à un certain dépaysement...
135 Le mercredi 18 octobre 2006 à 17:50, par bôgeste
JPC,
Le plaisir de vous lire s'est doublé de celui de savoir que tout comme moi vous appréciez Pierre Loti, cet
homme dissimulé sous les traits de tant de héros et qui se travestissait volontiers dans la vie. Les exemples
abondent: «J'ai mis à Lorient mon beau costume turc» (1878); «Je garde mon costume de Breton pour aller
passer la soirée chez Mme de Ferrière» (1886); «Au Figaro où j'arrive par hasard costumé en pêcheur, on me
fait une petite ovation» (id.); «J'ai hâte d'enlever cet habit vert qui est si laid» (1892).
La clef du personnage serait-elle ce goût enfantin du déguisement qui l'amène à échanger sans cesse son
uniforme d'officier contre le fez ottoman et son bicorne d'académicien contre les espadrilles de Ramuntcho?
.
Autre originalité chez cet auteur, Loti ne mentionne ni livres ni écrivains. Pourquoi aurait-il lu, lui dont la bibliothèque
était le vaste monde?
136 Le mercredi 18 octobre 2006 à 18:43, par Jean-Pierre CASTILLON
Cher(e) Bogeste
Le déguisement a certes des vertus à la condition toutefois qu'il n'entraîne pas celui qui le porte dans un jeu
de rôle.
Pour lire avec beaucoup d'intérêt votre contribution au forum, je ne pense pas que cela soit votre cas.
Je pense que LOTI avait besoin du déguisement tant il était en proie, certainement, à une détresse métaphysique
qui le faisait balancer, sans cesse, entre le temporel et le divin.
Je pense qu'il se voulait vagabond et qu'en tant que tel il avait besoin de s'imprégner des autres, sauf à considérer
qu'il était resté un "grand enfant" facétieux.
Il est vrai qu'il n'existe aucune référence littéraire dans ses ?uvres et vous avez raison de dire que sa bibliothèque
était le vaste monde.
Claude FARRERE, autre oublié, qui fut son subordonné dans la royale, prétend que LOTI haïssait la littérature
et n’avait pas besoin d’exemples ses écrits étant des germes arrachés du plus profond de son âme.
C’est peut être la raison pour laquelle il n’a pas vieilli lui qui redoutait tant la mort.
Quelles pages admirables dans la « Mort de Philaé »
Je m’emporte certes mais il est des auteurs qui sont pour moi un régal de tous les instants.
Si sans vous découvrir, vous confessiez que vous aimez aussi, dans un registre différent certes, Anatole
France nous pourrions continuer à échanger des idées.
Pour le surplus je ne pense pas que JJN soit dans le vrai.
Il est dans « notre vrai » qui n’est pas celui du monde conformiste dans lequel nous vivons qui impose repentance
et langue de bois, révérence pour les faux puissants incultes, sacrifice aux normes du jour…en un mot
abdication de toute personnalité.
Il faut des résistants. Soyons de ceux là quitte à déplaire.
175 Le dimanche 5 novembre 2006 à 00:39, par bôgeste
Quel plaisir égoiste de savoir que j'ai pu faire l'objet ou le sujet d'une conversation matinale entre deux êtres
d'exception...à tous égards;
Jattends avec impatience les commentaires promis par JPC sur la gastronomie de l'Italie du nord et ses bonnes
ou mauvaises expériences.
Je lisais ce matin un article dans le Figaro sur le Corbusier et l'inscription possible de 21 de ses oeuvres au
patrimoine mondial
Que décidera l'Unesco? j'espère qu'il y sera fait droit, alors même que l'on fêtera les 120 ans de sa naissance.
L'intemporalité de ses oeuvres est stupéfiante.
Il était un artiste complet, destiné à devenir ciseleur de montres , il s'est exercé à la littérature, à la peinture,
à la sculpture et bien sûr à l'urbanisme;
J'ai l'intention prochainement d'aller voir l'église Saint Pierre à Firminy qui vient d'être achevée , alors que le
chantier était arrêté depuis 25 ans.
L'intêret majeur que je trouve à ses constructions c'est qu'il les a pensées comme des "machines à habiter,"
avec un rapport constant entre interieur et extérieur;
Qui a eu l'occasion d'aller en Inde à Chandigarh où le Corbusier a dessiné le plan de la ville et et réalisé un
certain nombre de bâtiments?
Ce t homme extraordinairement en avance sur son temps était né en Suisse mais vivait en France . l'ensemble
de ses oeuvres est inventive et me plait vraiment.
176 Le lundi 6 novembre 2006 à 06:43, par citoyen de base
Cher(e) Bôgeste,
Moi aussi j'apprécie l'oeuvre de Charles-Edouard Jeanneret, dit le Corbusier, pour les lignes toujours pures;
aucune fioriture, l'essentiel est dans le trait ; J'ai lu qu'il détestait l'art contemporain, peut être par rejet de l'effet
de mode. Son souci : le fonctionnalisme;
Je ne connais pas l'Inde et donc pas la ville qu'il a dessinée; ce qui est extraordinaire c'est le caractère internationnal
de ses creations , puisque les oeuvres soumises à l'Unesco pour leur inscription au patrimoine mondial
sont réparties , en France, Suisse, Belgique, Allemagne, Argentine . L'Inde ne figure pas ,
( comme d'autres sites d'ailleurs où il est pourtant intervenu) dans la liste proposée à l'Unesco.
177 Le lundi 6 novembre 2006 à 12:10, par Jean-JaK Ninon
La profession d’architecte, elle, ne nécessite pas, apparemment, de formation. C’est encore un syllogisme
que je développe :
Lecorbusier était un grand architecte ;
Or, Lecorbusier n’avait pas suivi d’études d’architecture ;
Donc les grands architectes n’ont pas besoin d’accomplir des études idoines. (Les petits, peut-être.)
Je nourris une grande admiration pour Lecorbusier, surtout pour ses meubles (qu'il n'a d'ailleurs pas tous dessinés).
Pourquoi cette restriction voilée ? Parce que s’il était effectivement un précurseur, le mouvement du
Bauhaus l’était encore plus et a fortement marqué des générations d’architectes, transformé l’urbanisme, l’habitat,
le mobilier. En un mot l'esthétique, alors que les dommages collatéraux de Lecorbusier donnèrent les
barres d'immeubles des cités. Le Bauhaus est une aventure humaine complète ayant marqué la société, et
non celle d’un seul, fût-il de génie. C’est sans commune mesure. Mais nous y reviendrons, je ne voudrais pas
être trop long.
181 Le mardi 7 novembre 2006 à 08:54, par bôgeste
Le Bauhaus, école ou institut qui est devenu par la suite un mouvement dans lequel bon nombre d'artistes se
sont reconnus , des peintres comme Kandinsky et klee, mais aussi des chorégraphes et des architectes à la
fois concepteurs de bâtiments mais aussi de mobiliers.
J'ai une prédilection particulière pour Mies van der Rohe, et ses créations; Il fut d'ailleurs le 3 ème directeur
de cet institut situé à Weimar et si critiqué des nazis qui y voyait une concentration de communistes.
Le mobilier de Mies van der Rohe me séduit tout à fait; notamment le fauteuil "Barcelona" décliné aussi en
canapé et en tabouret, (cuir matelassé et inox), ainsi que le fauteuil si reconnaissable de Mies van der Rohe
, en tubulure et cuir;
A Barcelone , se trouve toujours le pavillon construit par ce créateur pour l'exposition universelle qui s'y est
tenue ( j'ai oublié la date) ; cette maison est le modèle même de celle que j'aimerais faire construire; plans
simplissimes, béton et vitrage et sols en marbre; cela n'a pas pris une ride ; un plan d'eau jouxte l'édifice; la
pureté du style laisse admiratif.
J'aime aussi le mobilier dessiné par Marcel Breuer et par Le Corbusier.
183 Le mardi 7 novembre 2006 à 14:20, par citoyen de base J'ai eu moi aussi l'occasion d'aller à Barcelone
et de visiter le pavillon allemand de l'exposition universelle qui est celui de Mies van der Rohe; Un ouvrage
est consacré à cette oeuvre la plus emblématique de Mies Van Der Rohe ; Alors que partout dans le monde,
tous les bâtiments qui ont copié de Mies son style épuré, ses matériaux, ses porte-à-faux, nous laissent froid,
le Pavillon de Barcelone reste lui encore aujourd'hui, brûlant d'émotions.
C'est un livre un peu austère ( c'est bien normal, avec Mies ! ) mais qui prend le temps de commencer par
nous rappeler les principales théories qui ont débattu sur ce projet. Après ces chapitres, malheureusement un
peu abstraits par manque de place pour être bien compris, Paolo Amaldi nous offre de magnifiques trouvailles
: une remarquable étude sur les sources d'inspiration de l'architecte (notamment Charlottenhof de
Schinkel) pour ce pavillon qui semblait jusqu'alors venir de nulle part. Une démonstration véritablement
convaincante sur l'effet de glissement du regard et du corps que chacun a ressenti en parcourant l'édifice,
glissement absolument nécessaire que l'on comprend maintenant avoir été rigoureusement imaginé par l'architecte
et que l'on n'a jamais pu reproduire depuis. La réflexion sur les matériaux, leur miroir, leur épaisseur
et leurs effets perspectifs est également séduisante. Le livre étudie l'oeuvre et non ses propres théories : c'est
ce qui le rend si puissant.
Le livre en question c'est : Espace et densité (MIES VAN DER ROHE) d'Amaldi Paolo.
193 Le mercredi 8 novembre 2006 à 12:31, par citoyen de base
Bravo pour ces fines déductions bôgeste , je vois que toutes les chances te sont permises pour rejoindre le
corps de ceux qui nous jugent!
J'ai apprécié JJN ta référence à la bande dessinée phare de Jacobs " la marque jaune" ; J'ai un faible pour
blake et Mortimer..
Quant à groupe G, sa signature " Moholy-Nagy" me confirme qu'il connait bien le sujet dont il parle; j'ai trouvé
un article que je vous transmets , en espérant qu'il vous interessera sur cet artiste.
MOHOLY-NAGY LÁSZLÓ (1895-1946)
Peintre, sculpteur, photographe et " photo-monteur ", cinéaste, scénographe, architecte d’intérieur et designer,
graphiste et typographe, Moholy-Nagy est avant tout un théoricien de l’art et un brillant pédagogue.
Né en 1895 à Bácsborsod en Hongrie, Moholy-Nagy participe à la Première Guerre mondiale dans les rangs
de l’armée austro-hongroise. Blessé, il réalise ses premiers dessins à l’hôpital, dans un style noir et oppressant
proche de l’expressionnisme. En 1919, Moholy, marxiste engagé, participe au groupe MA (Aujourd’hui),
mouvement d’avant-garde révolutionnaire qui publie à Vienne une revue du même nom. Après la défaite de
la République soviétique de Hongrie, Moholy émigre à Berlin où il fréquente les cercles d’avant-garde. Il y rencontre
les dadaïstes berlinois, se lie d’amitié avec Kurt Schwitters, découvre et étudie l’art russe issu de la
révolution, en particulier le suprématisme et le constructivisme. En 1921, il rencontre Theo Van Doesburg qui
publie dans De Stijl le Manifeste de l’art élémentariste que Moholy signe avec Raoul Hausmann, Hans Arp et
Ivan Puni. La personnalité de Moholy, enthousiaste et ouverte aux idées nouvelles, et son refus de toute classification
des mouvements artistiques l’amènent à utiliser l’expérience de ses contemporains et à tenter d’en
faire la synthèse théorique. Cette attitude, peu respectueuse de la propriété intellectuelle, lui vaudra d’être
accusé de plagiat (de la part d’El Lissitzky principalement).
Au carrefour du suprématisme, de Dada et du constructivisme, la pensée de Moholy-Nagy, complexe et prolixe,
peut se résumer en quatre thèses fondamentales. 1. L’art doit être productif . Dans un monde hautement
industriel qui soumet l’individu à l’esclavage de la machine, l’art doit abandonner toute fonction de représentation
(reproduction) pour, au contraire, produire de nouvelles structures, proposer de nouvelles expériences
de perception et donc contribuer à l’éducation des individus afin qu’ils maîtrisent leur milieu. 2. L’?uvre d’art
est le produit d’une expérience par laquelle l’artiste d’abord, le spectateur ensuite vont découvrir, parfois a
posteriori, de nouvelles structures entre les éléments qui la constituent. Or la lumière qui rend visibles les éléments
a un pouvoir structurant. Expérimenter de nouvelles structures signifie alors travailler sur la lumière. En
conséquence, toute ?uvre d’art est avant tout une modulation de lumière. Le lieu privilégié de cette expérimentation
est bien sûr la photographie, en particulier le photogramme, image réalisée en laboratoire, sans
appareil, par simple exposition d’objets placés directement sur le papier sensible. 3. L’artiste est un exécutant
anonyme dont l’intervention est limitée au contrôle mental du processus de production, lequel peut être parfaitement
automatisé. En 1922, Moholy expose trois " tableaux téléphonés " réalisés sur plaque émaillée par
un technicien auquel Moholy a communiqué, par téléphone, toutes les indications nécessaires à leur réalisation.
4. Le spectateur participe activement à l’?uvre . Moholy ira jusqu’au bout de cette idée en créant, en
1935, un Space Modulator , surface de zinc perforée et piquée d’épingles déplaçables selon le bon vouloir du
spectateur.
La rencontre entre Moholy-Nagy et Lucia Schültz, en 1922, est déterminante. Lucia, photographe née à
Prague, lui apporte la rigueur théorique qui lui fait souvent défaut et, surtout, lui fait découvrir la photographie
et le photogramme qui occuperont Moholy-Nagy durant une décennie. Les photographies, qu’il réalise surtout
en voyage, naissent du " regard neuf " qu’il porte sur le monde : un tuyau de béton étayé par deux pieux de
bois croisés devient, dans l’image, un cercle barré d’une croix. La plupart de ses photographies sont prises
d’un point de vue nouveau, souvent élevé et en plongée (jusqu’à la verticale) qui lui permet d’épurer la forme
des objets et de découvrir entre eux des rapports inopinés qu’il ne constate parfois qu’après la prise de vue,
alors qu’il a déjà l’image dans les mains. À la différence des " rayogrammes " de Man Ray, les objets qui composent
les photogrammes de Moholy-Nagy (passoires, grilles, bobines, spirales) sont rendus méconnaissables.
En 1923, Walter Gropius invite Moholy-Nagy à reprendre le cours de Johannes Itten au Bauhaus de Weimar
et à diriger l’atelier métal. C’est là que Moholy établit les grandes lignes de sa pédagogie. En 1924, il publie
Malerei. Fotografie. Film (trad. franç. Peinture, photographie, film , éd. Jacqueline Chambon, 1993), son premier
ouvrage théorique, et commence à travailler sur la transparence. En 1925, le Bauhaus déménage à
Dessau. Moholy-Nagy et Gropius entreprennent la publication des fameux Bauhausbücher (écrits de Klee,
Kandinsky, Mondrian, Van Doesburg, Malevitch, Gleize et enfin Gropius et Moholy eux-mêmes).
Moholy-Nagy quitte le Bauhaus en 1928 et entreprend une carrière de scénographe à l’Opéra national de
Berlin puis au théâtre de Piscator. Il fait de la typographie, met en scène l’exposition Film und Foto (Stuttgart,
1929) où il expose plus de quatre-vingts photos, crée des stands dans des foires industrielles. En 1930, il
achève son ?uvre principale, commencée en 1922, qui est aussi la clé de sa théorie : le Licht-Raum-
Modulator (Modulateur espace-lumière ). Il s’agit d’une sculpture cinétique en métal et en verre qui peut donner
les effets lumineux les plus variés. Moholy l’a conçu littéralement comme un instrument dont il dit lui-même
qu’il l’a souvent utilisé pour créer d’autres ?uvres.
Puisque l’apparence des objets se transforme avec la lumière autant qu’avec leur mouvement, il est logique
que Moholy-Nagy ait été tenté par l’art qui associe intimement ces deux phénomènes : le cinéma. En 1921,
il avait écrit le scénario d’un film non réalisé Dynamik der Grosstadt , film expérimental se situant entre le
Berlin, symphonie d’une grande ville de Richter et L’Homme à la caméra de Vertov. Après Berliner Stilleben
en 1926 et Marseille, Vieux Port (1929), il filme les multiples possibilités d’ombres et de lumière de son
Modulateur espace-lumière (Lichtspiel Schwarz-Weiss-Grau , Jeu de lumière noir blanc gris, 1930). Au total,
Moholy-Nagy réalisera une dizaine de films.
En 1933, l’arrivée des nazis au pouvoir le contraint à émigrer pour la seconde fois, d’abord à Amsterdam où
il travaille sur le film et la photo en couleurs, ensuite à Londres. Il expérimente de nouveaux matériaux et réalise
des tableaux transparents sur rhodoïd et les perfore pour obtenir des effets d’ombres et de couleurs. En
1937, par l’entremise de Gropius, on lui propose la direction du New Bauhaus de Chicago. Mais l’école ferme
dès 1938 et Moholy-Nagy fonde alors la School of Design. Après 1940, il réalise encore des sculptures en
Plexiglas chauffé et déformé, qu’il intitule à nouveau Space Modulator . En 1944, il prend la nationalité américaine.
Atteint de la leucémie, il écrit son dernier ouvrage théorique, Vision in Motion , synthèse de sa théorie
de la perception, de son enseignement et de sa philosophie sociale. L’ouvrage paraîtra en 1947, un an
après sa mort.
Deux monographies importantes sur Moholy-Nagy sont dues à la plume de ses deux épouses, Lucia (en
1972) et Sybil (en 1950). On se référera utilement au livre d’Andreas Haus, Moholy-Nagy, Fotos und
Fotogramme (Munich, 1978 ; trad. franç., Chêne, Paris, 1979) ainsi qu’à l’ouvrage très complet de Krisztina
Passuth, Moholy-Nagy (Budapest, 1982 ; trad. franç., Flammarion, Paris, 1984).
266 Le samedi 25 novembre 2006 à 01:20, par bôgeste
je reprends "le conformiste " d'Alberto Moravia " , livre refermé depuis longtemps; tu as raison, il a été porté
à l'écran par Bertolucci;
Moravia y décrit le parcours du jeune Marcello , livré à lui même, dans une famille désunie. Le bouillonnement
de l'adolescence l'effraie, il se sent traversé par des instincts violents, meurtriers. Terrorisé par le sentiment
d'être différent des autres, Marcello décide, une fois adulte, de devenir comme tout le monde, irréprochablement
normal. Dans l'Italie de Mussolini, être normal cela veut dire être fasciste. Marcello a mis le doigt
dans un engrenage qui le conduira très loin.
Il faut savoir que Moravia était un juif de Venise et que ce sujet le fascinait;
Nous aussi d'ailleurs, tu as raison JJ, les êtres les plus normaux en apparence sont souvent les plus dangereux;
j'ai vérifié souvent cela aux assises.
peut être le conformiste tuera t il mon insomnie?
267 Le samedi 25 novembre 2006 à 09:58, par J-J Ninon
Hmmm.. Moravia était un esthète accompli. Il suffit d'admirer sa vêture ou sa villa à Capri, d'un avant-gardisme
extraordinaire.
Bôgeste s'est-il(elle) trahi(e), qui a plaidé "souvent aux assises". Il(elle) est donc pénaliste ?
268 Le lundi 27 novembre 2006 à 12:02, par Jean-Jacques Ninon
Le 15 novembre est décédé Curtis Cate. Brillant écrivain et journaliste, amoureux de la culture française, cet
Américain vivait à Paris, où il adorait arpenter les rues du quartier latin. Diplômé des Langues Orientales ainsi
que de la Sorbonne, mais aussi d’Oxford et de Harvard, il fut notamment un éminent biographe de Malraux,
de Georges Sand et de Saint-Ex, dont il retraça l’épopée sous le titre « Saint-Exupéy, laboureur du ciel », en
1973.
FORUM 2
120. De J-J Ninon, le mardi 30 janvier 2007, 11:49 AM
Quand on aime Sain-Ex, Hemingway, Romain Gary, on ne peut qu'aimer Hugo Pratt, qui fut non seulement
un dessinateur-romancier exceptionnel, mais aussi un aventurier de la veine de Rimbaud et de Henri de
Monfreid. Avec l'élégance d'un Jean-François Deniaud, autre bourlingueur-académicien-ministre, qui, à son
décès n'eut droit qu'à quelques lignes ou secondes dans les média.
Pour ceux qui ont rêvé avec Corto Maltese, voici un ultime hommage à rendre à son auteur :
La grande bibliothèque de Hugo Pratt, précieuse et culturellement unique, se compose de 17.500 ouvrages
parmi lesquelles la documentation qui a servi de base pour illustrer les aventures de Corto Maltese. Accueillie
depuis 1995 à Sierre, en Suisse, au Festival de la Bande Dessinée, elle en a été expulsée suite à la dissolution
de l?association du festival et a besoin, d?urgence d?un nouveau siège (lieu).
Grâce à l'initiative de l'association "I Giovani Veneziani", soutenu par le site www.venise-serenissime.com
une pétition est en ligne, pour la création à Venise,
d'un musée et d'une bibliothèque dédiés à ce grand auteur de bandes dessinées Hugo Pratt.
Pour lire le détail de cette opération
et signer la pétition cliquez sur le lien ci-dessous :
www.giovaniveneziani.com/...
121. De J-J Ninon, le mardi 30 janvier 2007, 11:49 AM,
Quand on aime Sain-Ex, Hemingway, Romain Gary, on ne peut qu'aimer Hugo Pratt, qui fut non seulement
un dessinateur-romancier exceptionnel, mais aussi un aventurier de la veine de Rimbaud et de Henri de
Monfreid. Avec l'élégance d'un Jean-François Deniaud, autre bourlingueur-académicien-ministre, qui, à son
décès n'eut droit qu'à quelques lignes ou secondes dans les média.
Pour ceux qui ont rêvé avec Corto Maltese, voici un ultime hommage à rendre à son auteur :
La grande bibliothèque de Hugo Pratt, précieuse et culturellement unique, se compose de 17.500 ouvrages
parmi lesquelles la documentation qui a servi de base pour illustrer les aventures de Corto Maltese. Accueillie
depuis 1995 à Sierre, en Suisse, au Festival de la Bande Dessinée, elle en a été expulsée suite à la dissolution
de l?association du festival et a besoin, d?urgence d?un nouveau siège (lieu).
Grâce à l'initiative de l'association "I Giovani Veneziani", soutenu par le site www.venise-serenissime.com
une pétition est en ligne, pour la création à Venise,
d'un musée et d'une bibliothèque dédiés à ce grand auteur de bandes dessinées Hugo Pratt.
Pour lire le détail de cette opération
et signer la pétition cliquez sur le lien ci-dessous :
www.giovaniveneziani.com/...
122. Le mardi 30 janvier 2007 à 12:36, par bôgeste
Juste une citation d' Hugo Pratt qui va plaire à certains:( beaucoup à moi même déjà!)
«Sans curiosité on meurt et sans courage on ne vit pas.»
123. Le mardi 30 janvier 2007 à 12:37, par supervolontaire
et bien bôgeste sait comment plaire à JJN.....
Il serait en effet interessant de poursuivre sur cette voie là.
Dommage que les dessins ne puissent figurer, mais je pense que l'auditoite de ce blog maîtrise parfaitement
son petit Pratt illustré.
131. Le mardi 30 janvier 2007 à 17:20, par supervolontaireUn grand merci à pc de citer De Gaulle. Après la
mémoire de DENIAUD saluée par JJ, quelle journée!
Effectivement, on pourrait reprendre ces termes tenus par le Général à Orange, le 25 septembre 1963:
« L'essentiel pour moi, ce n'est pas ce peut penser le comité Gustave, le comité Théodule ou le comité
Hippolyte, c'est ce que veut le pays.
J'ai conscience de l'avoir discerné depuis vingt-cinq ans.
Je suis résolu, puisque j'en ai encore la force, à continuer encore à le faire. »
Certains pensent donc qu'avant de régler un problème, il convient de créer un comité qui ne servira sans
doute à rien et surtout pas à le régler.
Comme certaines commissions existent mais sans pouvoir se targuer d'avoir oeuvré pour ce pour quoi elles
étaient nommées....
133. Le mardi 30 janvier 2007 à 17:37, par ratafiaUne nouvelle concernant à la fois le droit et la littérature
dont j'ai compris que le barreau de Nice était friand! ( du moins les honorables membres de ce site!):
La Cour de cassation a débouté aujourd'hui les héritiers de Victor Hugo qui affirmaient que deux livres pré-
sentés comme une suite au roman "Les Misérables" et édités par Plon portaient atteinte à l'oeuvre de leur
ancêtre.
La juridiction n'a pas définitivement clos ce dossier et chargé la cour d'appel de Paris de rechercher "une
éventuelle atteinte au droit moral de l'auteur".
Le 31 mars 2004, la cour d'appel de Paris avait condamné la maison d'édition à verser un euro symbolique
de dommages-intérêts aux héritiers de l'écrivain ainsi qu'à la Société des gens de lettres pour avoir publié
deux romans, ayant pour titre "Cosette ou le temps des illusions" et "Marius ou le
fugitif", qui se présentaient comme une suite aux quot;Misérables".
Dans son arrêt, la cour d'appel avait estimé qu'"aucune suite ne saurait être donnée à une oeuvre telle que
Les Misérables, à jamais achevée".
Les héritiers de Victor Hugo, et notamment Pierre Hugo, arrière-arrière-petit-fils de l'écrivain, s'insurgeaient
notamment contre la réapparition de l'inspecteur Javert dans "Cosette ou le temps des illusions".
Commentant la mort de ce personnage, "Victor Hugo lui-même avait écrit :"si cette fin n'émeut pas, je renonce
à écrire jamais", selon l'assignation déposée en première instance par Me Emmanuel Pierrat, l'avocat de
Pierre Hugo.
Les éditions Plon avaient formé un pourvoi en cassation contre la décision de la cour d'appel.
Dans un arrêt rendu ce jour, la 1ère chambre civile de la Cour de cassation, présidée par Jean-Pierre Ancel,
a annulé la décision rendue par la cour d'appel de Paris.
C'est manifestement la première fois que cour de cass avait à se prononcer sur la question du respect du droit
d'auteur dans le cadre des suites littéraires.
Selon la Cour de cassation, la cour d'appel ne pouvait décider qu'écrire une suite des "Misérables" constituait
par principe une atteinte au droit moral de Victor Hugo. Pour sanctionner les ouvrages publiés par Plon, il
aurait fallu qu'elle examine le contenu de ceux-ci.
"En statuant ainsi, par des motifs inopérants tirés du genre et du mérite de l'oeuvre ou de son caractère
achevé, et sans avoir examiné les oeuvres litigieuses ni constaté que celles-ci auraient altéré l'oeuvre de
Victor Hugo ou qu'une confusion serait née sur leur paternité, la cour d'appel, qui n'a pas ainsi caractérisé l'atteinte
au droit moral et s'est déterminé en méconnaissance de la liberté de création, a violé" le code de la propriété
intellectuelle", précise la décision.
En cassant l'arrêt de la cour d'appel, la Cour de cassation ne met pas fin au litige. Ce dossier doit en effet être
désormais réexaminé par la cour d'appel de Paris qui le jugera dans une autre composition.
Selon un communiqué de la Cour, il appartiendra à la cour d'appel de renvoi de procéder à l'"examen et à la
recherche d'une éventuelle atteinte au droit moral de l'auteur par les oeuvres discutées".
135. Le mercredi 31 janvier 2007 à 12:37, par Jean-Jacques NinonInterdit de fumer à partir de demain dans
les lieux publics. Corto a préféré se retirer à l’ombre de ses cocotiers en dégustant son ratafia, et en se remémorant
ses rencontres féminines énumérées par Bôgeste (commentaire 121), qui les connaît sur le bout des
doigts.
136. e mercredi 31 janvier 2007 à 12:51, par bôgesteJe partage les points de vue de JJN et de
Supervolontaire sur Jean-François Deniau; très peu d'articles sur lui à son décès et pourtant quel personnage,
complet comme nous l'avions déjà dit de Pierre Mazeaud.
Jean-François Deniau avait mené de front une carrière politique et littéraire, auteur de romans à succès
comme "La Désirade" ou "Un héros très discret", tout en assumant son goût de l'aventure comme globe-trotter
ou marin. Ancien ambassadeur de France, il avait été l'un des rédacteurs du Traité de Rome, texte fondateur
de la communauté européenne. Six fois ministre entre 1973 et 1980, ancien député et journaliste, ce passionné
de voile avait été élu à l'Académie française en avril 1992 et était membre de l'Académie de marine
depuis 1999.
Ces sujets sont certes éloignés de nos préoccupations professionnelles mais heureusement que l'on
s'échappe de nos cabinets, et je trouve que les échanges sur ce forum sont un excellent moyen de prendre
de l'oxygène ailleurs.
Pour Supervolontaire, j'ai testé ce we une table originale ( faut pas être regardant sur le décor) mais très intéressante
pour le rapport Q/P; Cuisine raffinée , copieuse, sans attente.
Mais il faut prendre la voiture, s'engager dans la vallée de la Vésubie, prendre la petite route d'Utelle et c'est
en montant sur la gauche: c'est l'auberge du Campo (très très rustique...)
Le chef a voulu changer de vie, c'est un original... Le menu à 26 euros comporte:
Une entrée imposée , composée de plusieurs mets; une excellente tarte feuilletée oignons carottes chaude,
une terrine de foies de volaille et son coulis, un crespéou ( omelette à couches multiples), de la salade de
mache et des crudités.
Puis 4 ou 5 choix de plats dont de l'agneau sauté et dans une sauce Corse avec polenta et légumes farcis,
ou une truite du pays à la crème et à l'oseille et assortiment de légumes......j'ai oublié les autres plats; un plateau
de bons fromages ( laissé sur la table) et une assiette de desserts tous somptueux , en portions congrues
certes mais cela suffit ( un millefeuille à se rouler par terre, une excellente crème catalane, un moelleux au
chocolat très réussi , une tarte au citron meringuée, et une petite poire au vin);
Le vin , petit choix mais qualité et peu cher.
Tout ça m'a ouvert l'appétit!
143. Le jeudi 1 février 2007 à 15:46, par pc
Certains parlaient tantôt de Jean-François Deniau. Au hasard de mes recherches sur sa vie, je viens de me
rendre compte qu'il est né le même jour que moi : un 31 octobre!! Troublant.
Ne m'arretant pas là, il me semble avoir trouvé un texte vengeur sur le sort funeste réservé par nos ministres
au quatrième centenaire de Corneille que Jean-François Deniau aurait envoyé l'été dernier à l'Express, article
qui n'a finalement pas été publié :" Nous sommes-nous tombés sur la tête ? Après la quasi-non-célébration
d'Austerlitz, mais celle de Trafalgar, la logique devait nous conduire à appeler la gare Montparnasse
Waterloo Station et à débaptiser quelques boulevards portant des noms de maréchaux. Je vois assez bien
une grande avenue Sedan. Quant au pont d'Iéna, pourquoi pas pont d'Azincourt ? La mode actuelle est de
nous donner en modèle nos revers, nos échecs, nos fautes. Elles ne manquent pas... Bref, de faire de nous
un antimodèle. N'oublions pas de supprimer avenue et lycée Voltaire, qui, lui, fit vraiment fortune avec la traite,
et non ce pauvre Corneille.
Corneille... L'année 2006 devrait fêter le 4e centenaire de sa naissance. Grand auteur français. Un classique
entre les classiques. Les ministres compétents - Culture ou Education, je m'y perds - ont dû prévoir de solennelles
manifestations d'hommage ? Eh bien, non ! A cette date, rien d'important n'est organisé. D'obscurs sbires
de corridors, qui régentent notre vie intellectuelle, auraient découvert une parenté de Corneille avec un
bourgeois de Rouen, qui, comme tout habitant des ports, de la Suède au Portugal en passant par Nantes,
Bordeaux et toute l'Angleterre, a pratiqué la traite des nègres, en concurrence avec les Arabes et les tribus
africaines elles-mêmes. Corneille est donc déclaré politiquement incorrect et ne sera pas célébré. Je signale
que de telles punitions familiales, s'étendant sur plusieurs générations, ont été le signe des pires dictatures.
Il est triste de la voir régner dans nos antichambres.
Mais, direz-vous, il y a quand même Le Cid ! Les plus anciens d'entre nous se souviennent du Cid monté par
Jean Vilar, qui n'était vraiment pas de droite, pour le Théâtre national populaire, qui ne l'était vraiment pas
plus, avec Gérard Philipe dans le rôle. Et dans Paris, et dans la France entière, ce fut une rumeur de bonheur,
d'admiration, d'émotion. On s'appelait au téléphone, on s'écrivait, on se donnait rendez-vous. Eh bien,
c'est fini. Le Cid est mal vu. Est même honni. J'ai entendu la condamnation :"Une pièce d'extrême droite." Nos
penseurs de l'Education auraient autorisé une exception à Rouen, ville natale de Corneille, mais au titre de
la politique culturelle locale, sans plus. Et attention, pas Le Cid en français, pas celui écrit par Corneille, non,
un Cid interprété en chébran ou autre langage des banlieues. Je ne peux pas le croire. Les autorités compétentes
vont s'indigner, à juste titre, que de pareilles rumeurs infâmes puissent être répandues. Déjà, je bats
ma coulpe et fais amende honorable.
Alors on me dit - je ne peux toujours pas le croire - qu'il y aurait dans le cas du Cid plus grave qu'un délit familial
de commerce de bois d'ébène datant de plusieurs siècles. Un crime de mots. De mots inadmissibles.
Réactionnaires, extrémistes, provocateurs. J'aime les chiffres. Dans le théâtre de Corneille, le mot gloire est
prononcé 770 fois. Devoir, 344 fois. Honneur est cité 544 fois, courage, 346 fois, vertu, 526 fois... L'Education
dite nationale peut-elle tolérer pareilles provocations ? Cela ne suffit-il pas à condamner une ouvre, à la rejeter
aux poubelles de l'Histoire, à la taxer d'infamie ? Des mots impardonnables. Les dictatures ont toujours
été très portées sur la condamnation des mots et par les mots. Je me souviens de la"hyène dactylographe",
qui avait supplanté le "rat visqueux", un peu vieux jeu. Nos maîtres de la pensée sont à bonne école.
Ce que je viens d'écrire est sûrement faux, malveillant, mal informé, condamnable, diffamatoire, une atteinte
déterminée à la considération et à la dignité de ministères respectables et de spécialistes éminents. Soit.
Nous ne sommes qu'en août. L'année se finit en décembre. Je vais donc recevoir un démenti particulièrement
cinglant, précisant notamment les grandes célébrations prévues, et depuis quelle date, pour honorer comme
il convient l'année Corneille et Le Cid. Ce démenti cinglant, je l'attends ; oserais-je le dire, je l'espère. On a
sûrement exagéré des ragots irresponsables. Les fonctionnaires dits compétents dormaient. J'aurais au
moins contribué à les réveiller. Vive Corneille et Le Cid ! "
Décidement il est particulièrement desespérant de voir que nous perdons de tels hommes sans voir pointer
le moindre digne remplaçant...
144 Le jeudi 1 février 2007 à 16:40, par bôgeste
Bravo PC pour cette formidable trouvaille; j'ignorais que Corneille fût à ce point relégué , et ne m'étais point
étonné de l'absence de célébration de sa naissance il y 400 ans , ayant oublié son état civil pourtant bien
appris au collège àl'époque où il figurait encore parmi nos auteurs de référence incontournables!
Après recherches,moi aussi, j'ai découvert que Pierre Corneille, l'auteur du Cid avait un frère Thomas lui aussi
écrivain de talent et reconnu qui à la mort de Pierre prit son siège à l'académie française;
Mais celui qui nous intéresse, Pierre, fut avocat à Rouen, il ne faut pas l'oublier, et la Cour d'appel de Rouen
lui a rendu hommage par une exposition de septembre à décembre 2006, à l'occasion du 400ème anniversaire,
et le barreau a été à l'origine , semble-t-il, d'une conférence qui a été remarquée , intitulée: " Corneille
et le barreau".
Quant à l'absence de commémoration nationale au sujet de laquelle JF Deniaud s'est exprimé , j'ai lu que
c'est le président de la République qui veille désormais personnellement au choix des manifestations nationales
et qui a décidé d'annuler toute commémoration pour le 400e anniversaire de Pierre Corneille , sans
doute à cause du Cid et de cette histoire de "Maures" où Rodrigue combat l'envahisseur musulman.
La peur commande à l'Elysée : tout sauf provoquer les banlieues avec des rappels douteux d'une littérature
de combat.
On croit parfois rêver ou plutôt cauchemarder!
145 Le jeudi 1 février 2007 à 17:53, par Jean-Jacques Ninon
PC a eu la lumineuse idée de nous faire part de l’article de Jean-François Deniau refusé par « L’Express ».
Dans son numéro paru aujourd’hui, je vous livre l’articulet écrit, en guise d’hommage, par « C.B. », Christophe
Barbier, je présume, son rédacteur en chef. Il faut reconnaître que le titre est bien approprié. A lui seul, il
résume ce qu’est un homme debout.
L’homme libre
C’était un collectionneur de libertés. Celle de l’homme d’action, au front de tous les combats pour la démocratie.
Celle de l’homme d’imagination, bruissant d’infinis romans. Celle de l’homme politique, dont le centrisme
s’affûtait d’une rhétorique de bretteur. Celle de l’homme malade, qui défia et dompta ses douleurs en
les entraînant dans tous les barouds. Celle du marin, baudelairien bien sûr. Celle du chroniqueur, enfin.
Jean-François Deniau consigna dans L’Express, au milieu des années 1990, ses indignations et ses espoirs,
reprenant du bout de la plume les combats qu’il avait menés comme diplomate : la paix, les Nations unies et,
toujours et d’abord, l’Europe. C’est au nom de ces luttes supérieures qu’il pensait le rang de la France : « Le
rôle de notre pays, sa voix dans le monde font partie de notre patrimoine, écrivait-il dans nos colonnes lors
de la campagne présidentielle de 1995. Le vrai risque est de l’oublier. » Pour combattre ce danger, il est
nécessaire de ne pas oublier Jean-François Deniau.
147 Le jeudi 1 février 2007 à 18:22, par supervolontaire
Ci-après quelques faits marquants de la vie de JF Deniau.
Il est vrai qu'il y a de quoi se sentir petit à côté, c'est la raison sans doute pour laquelle on le célèbre si timidement...
A l'aube des années 50, après ses études, il servit en Indochine dans un groupe de partisans et passa l'écrit
de l'ENA à Saigon.
Nommé responsable des négociations européennes, il rédiga le préambule du Traité de Rome, seul texte
international où figure le mot «idéal».
Directeur des Relations extérieures de la Commission européenne à Bruxelles, il fut ensuite ambassadeur de
France en Mauritanie, membre de la Commission européenne, chargé des négociations d'adhésion et de
l'aide aux pays en voie de développement, Secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères, chargé de la
Coopération, Secrétaire d'Etat à l'Agriculture, Ambassadeur de France en Espagne, Député du Cher,
Président du Conseil général, Secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères, chargé des Affaires européennes,
Ministre du Commerce extérieur, et enfin Ministre des Réformes.
Dans les années 80, il sera journaliste, grand reporter, député européen, il créera à Strasbourg le prix
«Sakharov pour la liberté de l'esprit» puis se consacrera au combat des Droits de l'Homme et aux peuples
victimes de dictature ou d'occupation étrangère et à la libération d'otages et de prisonniers politiques.
Elu à l'Académie Française en 92, il effectuera la traversée de l'Atlantique à la voile après un triple pontage.
1999 a vu son élection à l'Académie de Marine, en remplacement d'Eric Tabarly. Il recevra ensuite le Grand
Prix de la Mer pour son action de président-fondateur des «Ecrivains de Marine» quelques années auparavant.
En janvier 2006, il fut (enfin!) élevé à la dignité de Grand Officier de la Légion d'Honneur.
Après une vie remplie d'actes dignes, courageux, investis, effectués sans tohu bohu, mais avec conviction et
droiture, comment expliquer un tel manque de respect, de déférence, de reconnaissance?
C'est qu'il renvoie certains bien bas...
148 Le jeudi 1 février 2007 à 18:34, par sous brigadier
Jean François DENIAU revendiquait le droit à l'éparpillement, la diversité.
«Au début, ça choquait: Eh bien, vous êtes ambassadeur ou baroudeur? Ecrivain ou homme politique? Cela
énerve les gens qu'on essaie de bien faire dans différents domaines. Lorsque j'ai failli être tête de liste lors
des dernières élections européennes, j'ai entendu dire dans les états-majors: ''Deniau est un héros, il ne va
pas en plus nous emmerder! "
Ou encore: ''Je ne comprends pas, t'es de l'Académie française, non? " Sous-entendu, ''ça ne te suffit pas? "
Or, à mes yeux, les temps aventureux peuvent se chercher - et se trouver - tout à la fois dans l'action politique
(et notamment l'action locale) et dans la littérature. Regardez ce que sont les héros de mes romans: des
individus qui voudraient que le monde soit conforme à leurs rêves.»
Il se rangeait parmi les «rêveurs impatients», qui, loin des rêvasseries, entendait appliquer à la lettre cette
maxime:
«Il n'y a pas de bonne pensée si elle ne se traduit pas en mots, il n'y a pas de bon mot s'il ne se traduit pas
en acte.»
Brillant énarque, diplomate émérite, romancier reconnu, ministre compétent, il est parfois désarmé devant le
succès ultime: «Quelque chose se brise dans la réussite et le bonheur. Quelque chose m'interdit d'être seulement,
simplement, tranquillement, arrivé.»
Quelle leçon!
150 Le vendredi 2 février 2007 à 15:47, par Jean-Jacques Ninon
C’est vrai, Sous-Brigadier, en France, il est très mal vu d’embrasser plusieurs carrières à la fois, sans se faire
considérer comme un amateur. Cela doit sans doute déstabiliser les pourfendeurs. Il est pourtant facile de
comprendre que lorsqu’ils sont en vacances, à la plage, en week-end, d’autres réalisent leur(s) passion(s)
pendant ce temps qu’ils perdent bêtement. Prenez l’exemple de l’avocat qui passe dans la magistrature. J’en
connais quelque chose. Les magistrats le regardent comme une bête noire ; ses ex-confrères également. S’il
revient au Barreau, idem : il a trahi. Or, dans les pays anglo-saxons, il est souhaitable d’effectuer des va-etvient
entre les deux professions. Et ce sont les meilleurs qui s’y livrent.
Mais nous sommes dans un pays où chacun est libre de faire ce qu’il veut … à condition de faire comme les
autres et de ne pas déranger leurs certitudes et leur alignement. Quand on est sur des rails, on y reste, sans
regarder ce qui se passe autour, sans pratiquer d’écart. D’où notre archaïsme. C’est ce que l’on appelle une
société uniforme et uniformisatrice. Ca ne vous rappelle rien, en d’autres temps, sous d’autres cieux ?
Bôté des Isles, elle, a tout compris. Elle s’est envolée sous d’autres cieux, en laissant son cabinet géré par
une collaboratrice. Elle est à Rodrigues, assez proche de La Réunion, où se retrouve le même genre de population
: descendants d’esclaves malgaches et africains, de marins bretons et normands (ni oui, ni non : une
réponse de normand). Mais sans les Indiens et Chinois implantés dans l’archipel des Mascareignes, semblet-
il, puisque Bôté des Isles ne les mentionne pas.
En tout cas, nous sommes tous ravis que Bôté des Isles prenne du bon temps et ne nous oublie pas, alors
qu'elle a fort à faire.
152 Le vendredi 2 février 2007 à 16:39, par supervolontaire
JJ faisait tantôt référence à Pratt.
Peut être appréciez vous également l’?uvre de Milton Caniff, créateur et dessinateur américain inspiré qui fut
à l’origine des « pin up ».
Il fait partie de ces auteurs oubliés, malgré son importance dans l'histoire de la bande dessinée.
L'auteur du strip Terry et les pirates (pour le New York Daily News) en produisit, bénévolement, pendant la
guerre une version spéciale, destinée aux militaires, et dont le personnage de Terry disparut au profit de la
dénommée Burma.
Cette série fut renommée Male Call et fut suivie jusqu’à sa mort par Steve Canyon, un strip d'aventures mettant
en scène un pilote.
Des amateurs?
153 Le samedi 3 février 2007 à 12:33, par Jean-Jacques Ninon
Naturellement, Supervolontaire, je ne peux qu'apprécier Milton Caniff (prononcez, paraît-il, mais ne me
demandez pas pourquoi : « Snif »). Le point commun avec Hugo Pratt est l'extraordinaire maîtrise du
contraste expressionniste entre noir et du blanc, entre ombre et lumière ; Caniff en étant le précurseur. Outre
celui du découpage et des plans quasi cinématographiques. L'influence du 7e art réside aussi - et surtout -
dans ses héroïnes : femmes fatales superbes, calquées sur Marlène Dietrich ou Rita Hayworth, gainées dans
des robes fourreau aux larges décolletés et dénudant le dos jusqu'à la taille. Ou sanglées dans des pantalons
de cheval et des bottes, cravache à la main.
« Terry et les pirates » est la saga d'un aventurier au coeur tendre, ballotté dans une mer de Chine infestée
de pirates et de contrebandiers. Commencée à la fin des années 30, la BD-fleuve se mue, après Pearl
Harbour, en feuilleton de propagande, où Burma, une blonde ravageuse, finit par s'en détacher pour mener
sa propre vie dans des magazines destinés aux militaires.
Contrairement à ce qu'écrit Supervolontaire, cette série ne fut pas renommée « Male Call » (il faut toujours
se méfier de ce que l'on glane sur Internet). Ce sont deux créatures dont la différence éclate au premier coup
d'oeil : l'une est blonde, l'autre brune. Caniff dut en effet abandonner le personnage de Burma sur la pression
de son « syndicate » mécontent de son côté militariste (aux USA, un BDessinateur est affilié à une agence
qui vend sa production aux journaux et défend ses droits). Mais, à la demande de l'US Army, il crée une autre
vamp, « Miss Lace » (traduction : « Melle Dentelle » ou « Melle Lacet ») alias « Male Call » (littéralement : «
L'Appel du Mâle » !) qui paraît, en 1942, dans environ 2 000 publications de l'armée. Elle vit au milieu des soldats,
dont elle est à la fois la soeur, la copine, la confidente, le flirt. Sans jamais passer à l'acte. La guerre terminée,
celle qui remplissait auprès des GI le rôle de notre Madelon auprès des poilus des tranchées, disparaît
en même temps que les troupes démobilisées.
Un nouveau personnage apparaît, l'aviateur « Steve Canyon », un grand blond frisotté, ancien de l'Air
Transport Command, dirigeant une compagnie de transport aérien. Il vivra sous forme de soap opera et sous
d'autres latitudes, les aventures modernisées de Terry (qui était un grand brun aux cheveux raides). Entouré
également de jeunes beautés affriolantes, il poursuivra son girl strip jusqu'en Corée et au Viêt-Nam, comme
pilote de l'US Air Force.
Considéré comme l'un des trois ou quatre plus grands créateurs de BD, l'influence de Milton Arthur Caniff sur
les dessinateurs reste sans égale, y compris en Europe. Un exemple, parmi tant d'autres ? Victor Hubinon et
son « Buck Danny ». Et quel peintre a détourné les dessins du maître dans plusieurs de ses tableaux ?
QUI DORT DÎNE
CE QU'ON N'A PAS VU AUX ACTUALITÉS
154 Le dimanche 4 février 2007 à 16:36, par supervolontaire
Précision:
Pendant la guerre, Caniff produisit aussi une version spéciale de Terry et les Pirates, destinée aux militaires,
où évolue Burma.
C'est suite aux plaintes du Miami Herald, payant pour publier Terry, quant à l'existence de cette série parallèle
que cette dernière fut renommée Male Call, et devint bande dessinée nettement destinée aux adultes.
Pour ceux ne connaissant pas Caniff, découvrez l'intégrale éditée par Toth regroupant, en plus de Terry & the
pirates et de Male Call,des dessins de Marini et Meynet et une longue intro de Milton Caniff.
156 Le mardi 6 février 2007 à 10:19, par groupe g
Pour être entré dans le bureau de Mme la première vice présidente, je peux vous dire que deux femmes bigrement
intéressantes sont représentées sur un tableau de notre cher JJ.
163 Le jeudi 8 février 2007 à 17:29, par pc
Je ne peux résister à la tentation de vous reproduire un article internet du Monde daté d'aujourd'hui :
" Orthographe : les collégiens de cinquième sont tombés au niveau des élèves de CM2 de 1987
Les performances des élèves en orthographe sont en baisse sensible, au point que le niveau d'une classe de
cinquième de 2005 est celui d'une classe de CM2 de 1987. Cette baisse ne relève ni du sentiment subjectif
ni de l'affirmation polémique. Elle est démontrée par un travail universitaire, signé d'une équipe composée de
Danièle Manesse, professeur en sciences du langage à l'université de Paris III-Sorbonne nouvelle, de Danièle
Cogis, maître de conférences à l'IUFM de Paris, et de deux professeurs des écoles, Michèle Dorgans et
Christine Tallet.
166 Le vendredi 9 février 2007 à 09:55, par Jean-Jacques NinonIl est évident, PC, que le désastre de l’enseignement
du français (pas seulement du français d’ailleurs) engendrera un nouvelle barrière sociale. Ce
que tu rapportes à travers cet article du « Monde » est passablement édulcoré, quand on prend connaissance
de la grille de notation des épreuves de dictée et de dissertation. Avec laquelle il est difficile de ne pas avoir
au moins la moyenne en dépit d’une écriture phonétique. Système aggravé par l’usage du sms ou texto. Mais
le plus piquant est l’existence du « désarroi des profs », alors que ce sont eux et leurs syndicats qui imposent
au Ministère de l’Education nationale leurs théories suicidaires.
Ravi d’apprendre, par Super G, l'adoption définitive par l'Assemblée nationale de la proposition de loi réformant
l'assurance de protection juridique. Seraient notamment sauvegardées la liberté de choix de l'avocat par
l'assuré ainsi que la libre détermination des honoraires entre ce dernier et son client.
C’était l’une des exigences du CNB qui avait engagé tous les Bâtonniers à saisir les députés de leur ressort
pour que soit amendé le projet de loi. Je puis vous confirmer, sans trahir un quelconque délibéré, bien au
contraire, que notre Bâtonnier a ?uvré en ce sens.Leur enquête est présentée dans un ouvrage qui doit être
publié le 22 février sous le titre Orthographe : à qui la faute ?, aux éditions ESF. Réalisée en 2005, elle reproduit
à l'identique, selon le même protocole, une enquête précédente menée en 1986-1987 par le chercheur
André Chervel et Danièle Manesse sur le niveau orthographique des élèves de 10 à 16 ans. Celle-ci procédait
à une comparaison à un siècle de distance, en s'appuyant sur les dictées collectées entre 1873 et 1877
par l'inspecteur général Beuvain d'Altenheim. Cette enquête avait été publiée dans l'ouvrage La Dictée, les
Français et l'orthographe (Calmann-Lévy, 1989).
En termes de "niveau orthographique moyen", les résultats de cette comparaison étaient alors en faveur des
élèves de 1987. En 2005, la même dictée (un court passage de Fénelon, de 83 mots) a été administrée à un
échantillon représentatif de 2 767 élèves de 123 classes du CM2 à la troisième. Cette fois, la comparaison
des résultats entre 1987 et 2005 témoigne d'une chute importante du niveau. Les erreurs ont considérablement
augmenté : là où les collégiens en faisaient huit en 1987, ils en font treize en 2005. Là où les élèves de
CM2 faisaient douze erreurs, ils en font dix-huit. En 1987, 50 % des élèves faisaient moins de six fautes. Ils
ne sont plus que 22 % en 2005.
"TEMPS RÉDUIT POUR L'ÉTUDE"
Dans l'intervalle, le niveau orthographique a pris un retard de deux années scolaires : autrement dit, les cinquièmes
de 2005 ont le niveau des CM2 de 1987, les quatrièmes de 2005 celui des sixièmes de 1987, etc.
La nature des erreurs a aussi évolué, car ce sont surtout les fautes de morphosyntaxe, d'accords et de conjugaison
qui augmentent : 52 % du total en 2005, contre 40 % en 1987. Pour tenter d'analyser les causes de
cette baisse, Danièle Manesse cite en premier "un temps réduit pour l'étude de la langue", ce qui correspond
à "un thème récurrent" dans les propos des professeurs de français. Elle s'interroge sur la possibilité que les
"théories de l'énonciation" introduites dans les programmes du collège aient "marginalisé" l'étude des "outils
de la langue". L'orthographe est ainsi devenue une "patate chaude" que chaque niveau de scolarité s'empresse
de transmettre au suivant : de l'école au collège, du collège au lycée, etc. Danièle Manesse évoque
le "désarroi" des professeurs devant le fait que "l'exigence traditionnelle de l'école en matière de correction
de la langue" soit "passée au second plan" et que l'on ait "minoré l'importance auparavant accordée aux
dimensions formelles de l'écrit".
Dans leur conclusion collective, les auteurs abordent aussi "la formation des professeurs des écoles et des
collèges", selon elles "ridiculement courte pour ce qui est de l'étude de la langue", et la "question ancienne
de la vigilance orthographique des professeurs des autres matières". Enfin, cette enquête vaut aussi par son
origine : Danièle Manesse est une proche de Philippe Meirieu, considéré dans le débat sur l'éducation comme
le chef de file des pédagogues. Elle-même favorable, comme beaucoup de spécialistes, à une réforme de l'orthographe,
elle rappelle que "jusqu'à nouvel ordre, l'orthographe qu'on doit enseigner est ce qu'elle est". "
Comme quoi, l'évolution n'est pas toujours synonyme de progrès...
170 Le lundi 12 février 2007 à 14:33, par J-J Ninon
J’avais répondu au commentaire de PC (n° 163), concernant la langue française sinistrée, en ces termes (n°
166) :
«Il est évident, PC, que le désastre de l’enseignement du français (pas seulement du français d’ailleurs)
engendrera un nouvelle barrière sociale. Ce que tu rapportes à travers cet article du «Monde» est passablement
édulcoré, quand on prend connaissance de la grille de notation des épreuves de dictée et de dissertation.
Avec laquelle il est difficile de ne pas avoir au moins la moyenne en dépit d’une écriture phonétique.
Système aggravé par l’usage du sms ou texto. Mais le plus piquant est l’existence du « désarroi des profs »,
alors que ce sont eux et leurs syndicats qui imposent au Ministère de l’Education nationale leurs théories suicidaires.
»
Fort à propos, dans le dernier «Point » paru le 18 février, l’éditorial de Claude Imbert porte sur ce thème qui
intéressera beaucoup PC, et vous aussi, je l’espère :
« La langue est le signe principal d’une nationalité » et devient l’âme même de la Nation (Michelet). (…) Vous
gémissez sur les déchirures du lien social, vous voudriez un je-ne-sais-quoi de commun, de fraternel, et qui
vous fasse, en dépit de tout, « français », ne cherchez pas : c’est la langue, chef-d’?uvre inconscient de la
conscience nationale…
Un chef d’?uvre en péril. (…) la langue française courante, la langue usuelle, populaire, s’appauvrit et se
dégrade. Elle n’est plus enseignée dans ses fondements. Quant à la langue plus élitaire, celle qui donne à la
Littérature ses bonheurs, à la Science ses définitions, au Droit sa clarté, cette langue-là est, elle-même,
exsangue, depuis la grande saignée des humanités. C’est un sinistre considérable dans la Maison France.
Ses conséquences, au fil du temps, sur l’humeur du pays, sur l’esprit critique, le civisme, la transmission des
valeurs pérennes d’une civilisation, sur l’idée nationale, sur le barrage à la barbarie apparaissent, à chaque
décennie, plus accablantes.
Voyons d’abord que l’ébranlement d’un ordre ancien – et d’abord celui de la famille – aura, bien avant l’école,
cisaillé l’apprentissage élémentaire de la parole. La trépidation de la vie contemporaine, son impatience économique
et, plus encore, le travail des femmes auront privé l’enfant de la « médecine exigeante et bienveillante
» des mères au foyer. (…) Avant 4 ans, tout n’est pas joué, mais beaucoup se décide [voir Alain
Bentolila, «Le verbe contre la barbarie », éd. Odile Jacob).
A cette défaillance initiale va s’ajouter l’échec retentissant de l’Enseignement. Il dut répondre, admettons-le,
à une exigence écrasante de démocratisation. L’excellente école primaire de jadis et la place alors prépondérante
du travail manuel ne permettaient qu’à un élève sur quatre d’accéder au cycle secondaire. Pour quitter
sagement cette impasse, il eût fallu un autre Jules Ferry. A sa place, nous eûmes la cléricature marxiste,
les équarisseurs de l’idéologie égalitariste, les ingénieurs d’un Gosplan à la gauloise. Et, pour finir, le bafouillage
et l’illettrisme.
On ne pouvait évidemment en rester à un système culturel et social ultra-sélectif. Celui d’une époque sans
télé, sans textos, sans portables, sans ordinateurs, où l’école et les élèves parlaient à peu près la même langue.
Mais le malheur a voulu qu’en prônant, par idéologie, le contre-pied absolu de l’ordre ancien on ait, chez
nous, imposé une durable révolution culturelle.
Elle a, peu à peu, jeté à la rivière – et d’abord dans le primaire – une méthode fiable d’enseignement élémentaire
de la langue. Puis, au secondaire, ce culte du Beau et du Vrai qu’enseignaient les humanités. Pour
décréter l’accès de tous au pinacle universitaire, on a baissé le niveau des examens, on é écrêté la langue,
ses richesses et ses vertus. Une génération de Diafoirus aura plaqué sur cet impératif idéologique les emplâtres
de cuistres. On a jugé l’enfant-roi capable de construire lui-même ses propres savoirs ; et propulsé l’inculture
et ses tags créatifs en icônes de la modernité. Le relativisme qui écrase la hiérarchie du maître, qui
hisse l’enseigné au niveau de l’enseignant et l’émotion de l’image à celui de la raison a fait le reste. Une crétinisation
accélérée des masses, un désastre ! (…)
Si le déglingage de la langue affecte ainsi la matière grise nationale, n’oublions pas non plus que, dans les
ghettos, l’impossibilité de se faire comprendre humilie, cadenasse la pensée. Et que la misère du Verbe fait
la violence du poing.
Il n’est pas, aujourd’hui, de plus grande cause française que celle de sa langue. C’est l’indispensable accès
au renouveau national. Tout le « logiciel » de la machine enseignante, dernière épave d’une illusion défunte,
est à réformer. Le bon sens le veut, l’instinct de survie… Et, désormais, une foule d’enseignants aussi !
174 Le mercredi 14 février 2007 à 13:09, par J-J Ninon
J’ai écrit précédemment que « sur notre forum, se pratique la «démocratie participative». Cela ne vous rappelle-
t-il rien ? » De fait, ça me rappelle Ségolène Royal qui, décidément, invente de nouvelles formules et
des néologismes.
Mais pourquoi se moquer, par exemple, de sa «bravitude», quand un professeur à la Sorbonne, Michel
Maffesoli, emploie (Le Figaro du 13 février 2007) les mots «entièreté» (au lieu de entier) et «civilisationnel»
(au lieu de civilisateur) ? Est-ce là, la «modernité» revendiquée par cet enseignant ou un charabia de pédant,
pour lequel la langue française n’étant pas assez riche, celle-ci l’a attendu - lui aussi - pour la compléter.
175 Le mercredi 14 février 2007 à 15:09, par pc
Cher JJN, que de beaux exemples de manifestation de cette "novlangue" politiquement correcte qu'une certaine
intelligentsia veut nous imposer, pour, croit-elle, influencer de manière positive les mentalités et lutter
contre les préjugés.
Ainsi, le balayeur de rue est devenu un technicien de surface, le chômeur un demandeur d'emploi, le prolétaire
un salarié, la grève un mouvement social, le clochard un sans domicile fixe, le cul-de-jatte un handicapé
moteur, le nain une personne de petite taille, le pédéraste un gay, la prostituée une travailleuse du sexe,
l'avortement une interruption volontaire de grossesse (ou pire : une IVG), le trafiquant de drogue un dealer
(traduction : un revendeur), le réfugié un requérant d'asile, le clandestin un sans-papiers, le vol une expropriation,
la prison un espace carcéral, le vandalisme une incivilité, le viol collectif une tournante... La liste est
interminable !
Réjouissez -vous ! L'aseptisation des esprits et des langues est en marche !
Comme le disait, à raison, Platon, "la perversion de la cité commence par la fraude des mots"...
Confucius avait la même vision des choses à peu de choses près : " toute subversion commence par celle du
vocabulaire"
Comme quoi, il semble que ce problème ne date pas d'aujourd'hui.
176 Le jeudi 15 février 2007 à 13:47, par J-J Ninon
Voici les extraits d’un article Edouard LAUNET, du 7 février 2007, touchant à l’art, à l'histoire et au droit. Intitulé
«Musées, le monopole Nord», le calembour vous fait immédiatement supposer qu’il est issu de Libération. Et
comprendre que nous nous continuons à nous abreuver aux "pays source". A leurs dépens.
L’Unesco le constate : « Un nombre sans cesse grandissant de pays demande le retour d’objets conservés
dans des collections étrangères. » Ces « pays source », du Sud pour la plupart, réclament aux grands musées
ce qu’ils considèrent être leur patrimoine et leur mémoire. Les musées opposent à ces demandes leur «mission
universelle», affirmant ne «pas être au service des habitants d’une seule nation, mais des citoyens de
chacune». On en était là lorsque, lundi soir, l’Unesco a rouvert cet épineux dossier en rassemblant à Paris les
patrons de trois des plus importants musées du monde, des représentants des « pays source » et des universitaires.
Ces deux heures de débat ont réservé de délicieux moments de comique involontaire. Henri Loyrette
(Louvre), Neil McGregor (British Museum) et Michail Piotrovsky (Ermitage) se sont naturellement employés à
minimiser les différends avec les pays tiers. Pour McGregor, les transports ont fait de tels progrès depuis
trente ans qu’un objet ne peut plus être considéré comme étant « fixé quelque part », puisqu’il est disponible
presque universellement via des expos itinérantes… Loyrette a quant à lui entonné l’air de l’ « objet métis » :
certaines ?uvres traversent les pays et les civilisations en changeant de signification.
(…)
Enfin Piotrovsky a posé l’Ermitage en modèle de partage : le musée de Saint-Pétersbourg ne va-t-il pas s’associer
prochainement au Louvre pour une grande expo conjointe sur l’art islamique ?
(…)
Bernice Murphy, Australienne en charge de la déontologie au Conseil international des musées (Icom), agita
le singulier concept de « digital repatriation » : le progrès des techniques numériques va permettre aux pays
source de profiter de leur patrimoine…via des copies numériques.
Enfin, tout ce beau monde s’accorda à dire que la question n’était plus « qui possède l’?uvre ? », mais « qui
peut y avoir accès ? », le reste étant combat d’arrière-garde. D’ailleurs, les lois ne peuvent être rétroactives :
une ?uvre qui est dans une collection y restera, point final.
C’est peu dire qu’Alain Godonou a jeté un froid en venant, derrière cela, plaider la cause des pays source. Le
Directeur de l’Ecole du patrimoine africain (à Porto Novo, Bénin) a énoncé les faits calmement : 95% du patrimoine
de son continent est sur d’autres continents. Cette « déperdition massive » s’est produite essentiellement
durant la période de colonisation.
« Résultat : les jeunes africains ne savent pas d’où ils viennent. » La non rétroactivité des lois ? « Cette argumentation
n’est pas recevable. Certaines expéditions colonisatrices sont contemporaines de la Seconde
Guerre mondiale, et ce dossier n’est pas clos. »
Comprendre : les spoliations nazies donnent lieu, aujourd’hui encore, à des demandes de restitution, auxquel-
les les musées se plient. Alors pourquoi ne pas considérer les spoliations dont a été victime le patrimoine africain
?
(…)
Quant à la « restitution numérique », Godonou s’est permis de s’en moquer gentiment : « L’Internet, s’est bien.
Mais quand je demande des simples photos au musée des Arts Premiers du Quai Branly, on me répond qu’il
faut payer ceci et cela. »
177 Le jeudi 15 février 2007 à 23:10, par bôgeste
Je suis d'accord JJN, bon nombre de pays se sont vus dépossédés de leurs richesses; néanmoins il faut
reconnaître que la mise en valeur de collections rassemblées dans nos musées contribuent à la conservation
de chefs d'oeuvre qui trop souvent auraient été laissés à l'abandon ou acquis voire volés par des particuliers
uniquement concernés par leur propre intéret .
Le musée du quai Branly est une vraie réussite tant par son architecture que par les collections qu'il renferme
et qui donnent envie de mieux connaître les civilisations et les pays dont les oeuvres proviennent.
Je me suis retrouvé ces jours derniers en Suisse puis en Allemagne et jai eu le grand plaisir de visiter la fondation
Bayeler
à Bâle qui outre un exposition permanente d'oeuvres contemporaines très riche , a rassemblé depuis 2 mois
un ensemble important de tableaux , sculptures et compositions sur le thème "Eros" , donc de l'amour , de
l'érotisme . Merveilles réunies le temps de cette exposition dans un lieu magique.....
Puis à quelques kilomètres de là , en Allemagne, Vitra et son musée du mobilier design ( sujet déjà abordé
sur ce forum) dans un ensemble immobilier fort intéressant , construit initialement pour servir de caserne de
pompier, assemblage de cubes, de formes géométriques en tous genres .
Les oeuvres sont universelles et dépassent les frontières , la notion d'appartenance à un état n'a aucun sens.
L"oeuvre une fois créée tombe dans le patrimoine universel pour le plus grand bonheur de tout un chacun.
Je n'ai pas été choqué de voir une belle collection de Matisse à Saint Petersbourg à "l'ermitage" ou des Monet
au MOMA ;
Une fois sortie de l'atelier de l'artiste l'oeuvre appartient à tous.
178 Le vendredi 16 février 2007 à 09:49, par J-J Ninon
Eh bien, Bôgeste, j’aurais aimé t’accompagner dans tes pérégrinations esthétiques. Toutefois, je suis plus
dubitatif que toi. Beaucoup de pays colonisés ou conquis se sont vus spoliés de leurs trésors artistiques. Et
autres. De Charles VIII, Louis XII et François Ier au cours de leur aventure italienne, en passant par les
conquistadors en Amérique latine ou Bonaparte et Champollion en Egypte, jusqu’à Hitler et Goering en
France. Ce ne sont que des exemples infimes. Lorsqu’on admire une collection de Matisse au musée de
l’Ermitage, j’espère que ce n’est pas Staline ou Béria qui l’a piquée, et qu’elle a été légitimement acquise.
Dans le cas contraire, je lance immédiatement une pétition pour que la France la récupère. Voilà la grande
différence : dans quelles conditions ces ?uvres figurant dans nos sites culturels y ont-elles pris place ?
Mais où je te rejoins, et cela tempère mon propos, certains de ces pays en cessation de paiement auraientils
pu les sauvegarder avec tout le soin nécessaire, voire les garder tout court sans les vendre à l’encan pour
accroître le patrimoine des tyrans locaux ou sans se les faire piller au milieu de guerres civiles ou régionales.
Il suffit de se souvenir des mollahs ayant dynamité en Afghanistan les statues millénaires de divinités non religieusement
correctes.
Quant à l'oeuvre qui, "une fois sortie de l'atelier de l'artiste appartient à tous", je suis vraiment sceptique.
D'abord, j'aime bien, moi, qu'on m'achète un tableau ou qu'on me paie pour mes dessins. C'est, d'une part,
la reconnaissance d'une production dans l'économie de marché où, bon gré, mal gré, nous vivons. Sauf à être
dans une société collectiviste ou tout apartient à tout le monde (mais ça n'a jamais marché et c'est donc une
vue de l'esprit). D'autre part, comment feraient les artistes pour vivre ? Sauf à mettre comme postulat qu'ils
n'exercent pas un véritable métier. Et doivent en avoir un autre, un vrai, à côté, pour vivre décemment (tiens,
ça me rappelle quelque chose ou quelqu'un) ? Car ne nous leurrons pas, ceux qui vivent exclusivement - et
correctement - de leur pinceau ou de leur plume, sont extrêmement rares. Même les prix Goncourt exercent
parallèlement la profession de journaliste, de professeur ou d'éditeur. Alors, imaginez les subalternes.
Et pour en revenir au cas des musées, les ?uvres ne me semblent pas appartenir à tout le monde. Elles sont
leur propriété, bien gardées et surveillées. Amusez-vous à les leur subtiliser, histoire de garnir vos murs, juste
pour votre soirée d’anniversaire. J’ai comme l’impression qu’il vous faudra un bon avocat. Vous avez seulement
le droit de les contempler, et en payant pour cela. A condition d’avoir les moyens de vous rendre à Paris,
New York ou Barcelone. Mais comment fera le Peul, le Sakalava ou l’Aborigène ? Certes, on lui a promis qu’il
pourrait apercevoir la statuette ou le masque façonné par son ancêtre depuis son ordinateur branché dans sa
case-bambou ou au baobab.
179 Le vendredi 16 février 2007 à 10:37, par bôgeste
Je suis presque entièrement d'accord avec tes analyses, et je pense m'être mal exprimé, lorsque je dis que
l'oeuvre une fois sortie de l'atelier de l'artiste devient universelle;
Que le créateur soit payé cela me semble plus que normal, et il est indispensable qu'il puisse vivre de son art
, j'avais tout simplement sauté cette phase tellement cela est indiscutable.
Toutefois, ensuite, lorsque l'oeuvre est donnée , vendue, échangée..... elle tombe dans ce que j'appelle le
domaine public, en tout cas celui des yeux ! et quel que soit le pays où l'oeuvre se trouve, la nationalité de
l'auteur est secondaire . D'ailleurs , remarquez que les artistes ont souvent vécu dans des pays qui n'étaient
pas les leurs et qu'ils ont souvent peint avec génie des toiles inspirées "d'ailleurs" ( Van Gogh et la
Provence,Turner et Venise, Delacroix et le Maroc, Ninon et l'Amérique...)
180 Le vendredi 16 février 2007 à 10:46, par J-J Ninon
... Sans oublier Hergé qui a décrit et dessiné tant de pays sans y avoir jamais mis les pieds. Il avait horreur
de voyager.
186 Le mardi 20 février 2007 à 10:43, par J-J Ninon
Pour répondre à PC, c’est la raison pour laquelle la Castafiore a préféré chanter, plutôt que de se lancer en
politique et faire chanter les autres.
Ce n’était qu’une transition – osée – pour vous signaler la parution d’une biographie en bandes dessinées de
Georges Rémi : « Les aventures d’Hergé », éditions Reporter (16 ?). Le texte extrêmement bien documenté
de Bocquet et Fromental est alerte. Toutefois, le dessin de Stanislas qui se veut issu de la « ligne claire »,
mérite des guillemets, tant il n’en est qu’une parodie, virant à la caricature, voire au fouillis ; le trait étant tout
sauf pur.
L’album, initialement publié en 1999, est une réédition réalisée pour le centenaire de la naissance du créateur
de Tintin (le 22 mai 2007). Sa vie y est découpée par périodes et enrichie de nouvelles planches.
L’ouvrage contient également une bibliographie fort complète et un index des principaux personnages ayant
compté pour Hergé.
Question pour ceux qui auront lu avec attention cette bio-BD (ou « Gala »): de qui Georges Rémi serait-il le
bâtard ? Ne pouvant résister à la pression des visiteurs du Forum, je suis contraint de vous livrer illico la
réponse : Léopold II, roi de Belgique (1835-1909)!
191 Le mercredi 21 février 2007 à 12:18, par citoyen de baz
J'assiste avec délectation à ce combat de coqs et poules et bien sûr n'y participerai pas , car je n'ai pas envie
de me faire étriper par Supervolontaire et bôgeste qui me semblent redoutables.....
Capitaine Haddock y va pourtant un peu fort .....
Concernant le sujet abordé hier par JJN, sur Hergé , je ne partage pas les mêmes sources d'information que
lui, et en tout cas ne suis pas sûr que Georges Rémi soit le petit fils du roi Leopold II.
J e vous livre le fruit de mes recherches:
Quand Hergé insistait pour savoir qui étaient ses ancêtres on lui aurait dit:" Si tu savais, ça pourrait te monter
à la tête"
La légende a dans un premier temps attribué la paternité du père de georges Rémi à Léopold II. Et cela pour
la simple raison que le Roi fréquentait les Errembault de Dudzeele et leur domaine de Chaumont-Gistoux.
Une maison où la grand-mère d'Hergé, Marie Dewigne, était femme de chambre.
En fait, le père d'Hergé serait "tout simplement" né d'une "liaison" entre le comte Gaston Errembault (1847-
1929) et sa servante Marie Dewigne. En 1893, la grand-mère d'Hergé, épousera (mariage blanc) un ouvrier
imprimeur, Philippe Remi. Ce dernier reconnut Alexis et Léon, les jumeaux nés des amours ancillaires du
comte Errembault avec sa femme de ménage.
Ces éléments sont tirés du livre d' Assouline dans sa biographie d'Hergé parue en 1996. Mais un détail a
échappé au talentueux biographe. S'il a bien vu que le comte Errembault avait eu deux filles, la naissance
d'un fils nommé Gaston (demi-frère consanguin du père d'Hergé) lui a par contre échappé. Or ce détail a toute
son importance. Car ce fils du comte Errembault (oublié par Assouline) apparente Hergé à toute les familles
de l'Europe balkanique! Cette parentèle royale n'a pas échappé à l'avocat bruxellois Philippe Markiewicz. Et
ce dernier d'avancer l'hypothèse que cela pourrait avoir eu une influence sur l'oeuvre du père de Tintin. Cette
parentèle cachée expliquerait sa fascination pour les familles royales d'Europe. Bref,selon Markiewicz, Hergé
cousinait indirectement avec les rois du Monténégro.
Dans cette hypothèse, voici Hergé flanqué d'un oncle consanguin particulièrement intéressant. Car en 1920
ce dernier a épousé en secondes noces la veuve du prince héritier du Monténégro. A savoir Nathalie
Constantinovitch, issue d'une illustre lignée puisque son père était le cousin du roi Alexandre Ie r Obrenovitch
de Serbie. Ce mariage faisait donc d'Hergé un neveu de la princesse du Monténégro.
La tante d'Hergé (la femme de son oncle naturel, donc) était la belle-fille du roi Nicolas I er du Monténégro.
Un personnage qui tenta d'assurer l'avenir de son pays en mariant le mieux possible ses douze enfants à des
membres de familles régnantes. Ainsi sa fille Hélène épousa-t-elle le futur roi d'Italie Victor Emmanuel III. Une
autre fille, Zorka, convola avec le roi Pierre I er de Serbie, tandis qu'une troisième fille épousait le grand-duc
Pierre de Russie (1864-1931), et ainsi de suite...
Voici donc une hypothèse pour expliquer la fascination d'Hergé pour les monarchies balkaniques. Mais pas
rien que balkaniques. Hergé était très royaliste. Il envoyait toujours les premiers exemplaires de ses oeuvres
à Léopold III. Il faut dire que le beau-frère de ce dernier (Umberto, éphémère roi d'Italie), avait une tante commune
avec Hergé. De plus, ce dernier semblait vouer une admiration illimitée pour Marie José de Belgique
(soeur de Léopold III) et épouse du roi Umberto d'Italie.
Ces infos , bien sûr , sont aussi à vérifier....
206 Le jeudi 22 février 2007 à 09:31, par J-J Ninon
Je reviens vers Citoyen de Baz (commentaire 191) pour élucider la fort troublante et épineuse question de la
parenté de Georges Rémi, alias « Hergé ». Voici la version (double, comme les Dupond-Dupont) de Bocquet
et Fromental (« Les Aventures d’Hergé », commentaire 186) :
- Dans l'index :
Le 1er octobre 1882 naissent Alexis et Léon, fils de Marie Dewigne et de père inconnu. Ils sont élevés «
comme les enfants de la famille » par la Comtesse Errembault de Duzeele au château de Chaumont-Gistoux,
où leur mère est femme de chambre. En 1892, Philippe Eugène Rémi, ouvrier imprimeur épouse Marie et
reconnaît ses enfants. Cette situation particulière est à l’origine d’un secret de famille qui poursuivra Hergé
toute sa vie, selon lequel son père et son oncle seraient de sang aristocratique voire royal. Catholique sans
excès, Alexis se laissera convaincre par Henri Van Roye-Waucquez, le patron de l’atelier de confection où il
travaille comme magasinier, de retirer Georges de « l’Ecole-sans-Dieu » pour l’inscrire à Saint-Boniface, où
s’épanouira sa double vocation de scout et de dessinateur. Longtemps dépassé par les ambitions de son fils,
Alexis suivra sa carrière toute sa vie et deviendra en 1950 administrateur du Studio Hergé. Sa parfaite gémellité
avec Léon serait l’une des sources (au moins inconsciente) du tandem Dupondt.
- p. 6, case 5 :
Une commère : "Elle était belle fille, la Marie Dewigne... Et l'entreprenant Léopold II fréquentait beaucoup le
château de Duzeele."
En tout cas, Citoyen de Baz, il t'est décerné pour ta tintinophilie, le titre envié de "Citoyen(ne) du monde de
Tintin".
211 Le vendredi 23 février 2007 à 11:10, par J-J Ninon
Hélas, Bôgeste et Citoyen de Baz (commentaires 49, 50 & 51), c’est bien Jean-Louis Debré qui remplacera
Pierre Mazeaud, en remerciement de ses bons et loyaux services. Ou comment un magistrat qui n’a occupé
que deux postes de base (substitut et juge d’instruction) pendant à peine une dizaine d’années – seule
période d'ailleurs de sa vie où il a travaillé - se retrouve président du Conseil constitutionnel par le fait du
prince.
Voilà où se trouve le virus de notre société, toi qui en cherchait un, Citoyen de Baz. Quand je vous aurais précisé
qu’il n’a même pas réussi à décrocher son bac, puisqu’il a passé sa licence par l’intermédiaire de la capacité
en droit, vous apprécierez mieux l’état de notre république, dont la défense de la légalité est confiée à un
apparatchik ainsi récompensé. Et nous, fidèles sujets d’Ubu-roi, continuons à ratiociner et pérorer sur les textes
de loi, arrêts et commentaires de jurisprudence.
Voilà où se trouve le virus de notre régime, toi qui en cherchais un, Citoyen de Baz.
219 Le mardi 27 février 2007 à 11:36, par J-J Ninon
Lorsque vous irez plaider dans une chambre sociale de notre Cour d’appel, dans la banlieue aixoise des
Milles, n’oubliez pas d’avoir une pensée émue pour les artistes et les intellectuels – et le autres - internés dans
le camp qui s’y trouvait. Dix mille y furent parqués, entre 1939 et 1942, après avoir fui l’Allemagne nazie pour,
pensaient-ils, trouver refuge en France. Combien de fois nous sommes-nous rendus aux Milles sans même
soupçonner l’existence de ce sinistre endroit, soigneusement enfoui depuis des décennies dans la mémoire
collective. Parce que volontairement caché.
Comme Bôté des Isles, ci-dessus, je vous livre des extraits d’un article paru dans « Libération » du 26 février
2007, signé Michel Henry :
Pour 2 500 Juifs ensuite déportés vers Auschwitz, le chemin de l’horreur a débuté ici, dans cette tuilerie désaffectée
et réquisitionnée, aux Milles, sur la commune d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Aujourd’hui
libérée par le cimentier Lafarge, qui arrête la production, la tuilerie, restée intacte, doit devenir un site mémorial,
rappelant ce qu’elle fut : camp d’internement, puis de transit, enfin de déportation. On y replongera dans
ce que décrit le Diable en France (Belfond, 1966), où Lion Feuchtwanger [l’auteur du Juif Süss] tient la chronique
d’un internement inattendu. (…) Depuis septembre 1939, on interne aux Milles tout Allemand, ennemi
potentiel. Feuchtwanger apporte des couvertures – il fait froid – rien n’est prévu pour s’asseoir, sauf des briques.
Il côtoie d’autres intellectuels, artistes, peintres, scientifiques, musiciens, qui ont fui l’Allemagne. Et des
ex-légionnaires, certains ayant servi « vingt ou trente ans sous le drapeau français ». Amputés, décorés,
maintenant emprisonnés, les anciens de la Légion transportent le contenu des latrines en criant « Esquimaux
chocolat-vanille ! ».
Chaque matin, un interné imité au réveil des cris d’animaux (coq, vache, chien, cheval, rossignol). (…) Arrivé
en septembre 1939, le peintre Ferdinand Springer voit, dans la cour, « le visage de Max Ernst, un peu à
l’écart, comme une apparition irréelle (…). Comme lui et beaucoup d’autres, j’allais devenir un homme de brique."
Springer y peindra Sommeil du prisonnier, et le Laveur de linge. Avec de très beaux modèles masculins.
(…) Ces canons lui valent les railleries d’un autre peintre interné, Hans Bellmer : « Comment pouvezvous
camper ces sublimes dieux grecs d’après tous ces crétins qui se promènent dans la cour ? »
En juin 1940, s’ouvre une deuxième période, après la capitulation française. Le camp devient « lieu de transit
» pour renvoyer en Allemagne les gens que l’Allemagne réclame », explique Odile Boyer, de l’association
« Mémoire du camp des Milles ». Une résistance artistique se constitue, certains commandants et gardiens
se montrent bienveillants. « Il y avait une bibliothèque, des échanges culturels, des lectures de poèmes »,
rapporte-t-elle. Témoignage le plus évident de leur activité : les peintures murales décorant le réfectoire des
gardiens. Redécouverte et classée en 1983, restaurée en 1994, l’?uvre collective a gardé son aspect originel,
et se visite. On y admire un Banquet des nations, énigmatique parodie de la Cène. Ou, sur un autre mur,
des sardines (les détenus) se libérant de leur boîte avant de s’enfuir en mer sur un gros jambon. « Si vos
assiettes ne sont pas très garnies, puissent nos dessins vous calmer l’appétit », écrivent les peintres internés.
Restrictions obligent, ils fantasment sur la nourriture, dans un mélange d’humour et de dérision. (…)
En parcourant l’immense tuilerie, on trouve d’autres traces aux murs, comme ce signe peint au-dessus d’un
ancien four à briques, long et voûté : Die Katakombe. Les internés y avaient recréé un cabaret berlinois du
même nom. On y buvait, chantait, jouait des sketchs. On peut voir aussi aux murs des fleurs, une étoile de
David, une lettre d’amour à une certaine Esther. Et, bizarrement, des croix gammées. Pourquoi ? Mystère.
Ici, les artistes créaient beaucoup. Pour Hans Bellmer, c’est notamment un portrait de Max Ernst en murs de
briques, comme celles qui délimitent sa paillasse. Pour Max Ernst, une série d’Apatrides, avec des silhouettes
faites de limes, outils d’évasion. Wols promène ses créatures oniriques, comme Popeye dans le camp.
Tout est sombre. Le peintre Karl Bodek donne des cours de dessin, ça permet de « combattre le cafard menaçant
chacun d’entre nous », écrit un journaliste interné. Le camp aux 27 nationalités compte aussi un orchestre,
une chorale et un journal la Pomme de terre. Le théâtre donne une revue, Radio-Milles, mais l’accordéon
cassé ne joue qu’en do majeur. On invente une pièce l’Auberge du cheval pas tout blancavec un canasson
fait de boîtes de conserve. On interprète les Mille et une Nuits, avec une chanson originale, Ichmöchte einen
Urlaub (« Je voudrais une permission »).
Mais cela ne suffit pas. L’écrivain Walter Hasenclever était déjà marqué par son internement, à l’automne
1939, dans un stade à Antibes, qu’il a décrit dans Côte d’Azur 1940, Impossible asile (l’Aube, 1998). Détenu
aux Milles, il se suicide en avalant du Véronal, le 20 juin 1940. (…)
Sans s’en douter, ces internés ont vécu les jours les plus doux du camp Beaucoup vont s’en sortir, grâce à
des réseaux d’exil, comme celui de l’Américain Varian Fry. « Je ne crois pas que le diable, auquel nous avons
eu affaire en France en 1940, ait été un diable pervers qui aurait pris un plaisir sadique à nous persécuter,
écrira Lion Feuchtwanger, réfugié à New York, à l’automne 1940. Je crois plutôt que c’était le diable de la
négligence, de l’inadvertance, du manque de générosité, du conformisme, de l’esprit de routine, c’est-à-dire
ce diable que les français appellent le je-m’en-foutisme. »
Feuchtwanger n’a pas connu la suite. En deux mois (août-septembre 1942), les Milles deviennent une antichambre
d’Auschwitz, alors que la zone Sud n’est même pas sous occupation allemande. Grâce à la voie ferrée
toute proche, cinq convois emportent via Drancy 2 500 Jifs, hommes, femmes et enfants, pour un voyage
sans retour vers les camps de la mort. Après ces déportations, le camp ferme, début 1943. La tuilerie redémarre
son activité en 1946, et la région occulte cette sale histoire. « Les gens se sont empress&eac